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8
oct 2018
Evolution du dessin à travers l’étude des drapés

Les caractéres principaux du dessin en peinture romane sont les suivants;concision,précision,simplicité et large prédominance de l’utilisation de la ligne courbe.Toutefois si la ligne courbe reste la régle,certains artistes ont évolué vers une stylisation du graphisme,qui en certains édifices ,à Tavant en particulier,confine au cubisme.

Danseur à la crypte de Tavant

Danseur à la crypte de Tavant

 

Visage à Tavant

Visage à Tavant

Les effets de style perceptibles sur certains programmes peints du XII iéme siécle,notamment au niveau des gloires (gloires losangiques de Fenollar ou de Marcevol)ne sont en fait que des références à la peiture pré romane.On les qualifie souvent d’éléments « archaisants » et ces artifices peuvent étre générateurs d’erreurs de datation.

Gloire losangique enserrant la vierge de St Martin de Fenollar(XIIiéme)

Gloire losangique enserrant la vierge de St Martin de Fenollar(XIIiéme)

Le dessin roman détermine le plus souvent une image en deux dimensions.L’absence de profondeur n’est toutefois pas systématique.L’artiste peintre à l’apogée de cet art,c’est à dire par exemple à St Savin au milieu du XIIiéme siécle,a su créer cette profondeur.Néanmoins les peintures à deux dimensions ,qualifiées de plates dominent.Cette absence de profondeur est liée à une non maitrise généralisée de la perspective,méme si en certains édifices (Brinay,Tavant,Saint Chef) des tentatives furent effectuées.De méme dans les représentations de batiments,de cités de la Jerusalen Celeste(St aubin d’Angers,Couddes dans le Loir et Cher),mais avec des résultats toujours incomplets.

Une cité au dessus du roi Dannus à Couddes

Une cité au dessus du roi Dannus à Couddes

La Jérusalem Celeste entre les rois mages à St Aubin d'Angers

La Jérusalem Celeste entre les rois mages à St Aubin d’Angers

Les déformations ,les anomalies dans les proportions restent également une contante du graphisme roman.

L’examen des drapés des vétements est révelateur de l’évolution du graphisme.Il permet également de mesurer l’impact des diverses influences sur l’artiste roman.

A Jonas en Auvergne sur la commune de St Pierre Colamine ,non loin de Besse en Chandesse,une partie des grottes creusées à méme la falaise,recélent quelques peintures murales reconnues comme étant les plus anciennes de la région et datées du XI iéme siécle.on peut y observer diverses scénes et des personnages ,dont un apotre en pied

Un apotre aux grottes de Jonas(XI iéme siécle)

Un apotre aux grottes de Jonas(XI iéme siécle)

Ici la peinture romane en est à ses balbutiements.Le dessin est sommaire,emouvant de naiveté.Les drapés sont rigoureusement linéaires soulignés d’un épais trés noir.Le visage et le corps du personnage s’inscrivent dans deux rectangles.Du personnage se dégagent puissance et solidité.

L’image plate,en deux dimensions,n’est toutefois pas absolument statique.On peut noter un léger désaxement de la téte par rapport au tronc,induit par le tracé de l’épaule droite.Le personnage est légérement de profil et la position de ses pieds lui confére une trés légére impression de mouvement.Bien que de petite taille le personnage est plutot équilibré.On ne note pas ici les disproportions criardes que nous retrouverons ailleurs.La dimension de la téte avec son nimbe représente un cinquiéme de la hauteur totale.Il faut aussi noter que le visage a été plutot bien traité sans distorsions entre les différents étages de la face.

En l’église de Burnand en Saone et Loire figurent des peintures murales contemporaines de celles de Jonas.Les vétements des apotres tapissant les murs de l’abside présentent les mémes caractéristiques qu’à Jonas (Drapés linéaires,soulignés d’un épais trait noir,image statique ,plate en deux dimensions)

Apotres a Burnand  (XIiéme siécle)

Apotres a Burnand (XIiéme siécle)

Bien différente est l’image du Saint Paul figurée en l’ancienne cathédrale de St Lizier à la périphérie de St Girons en Ariége.Les peintures datées des premiéres années du XII iéme siécle et attribuées à un artiste catalan connu sous le pseudonyme de « Maitre de Pedret »,dont on retrouve une oeuvre en l’église voisine de Vals.

St Paul aux fresques de l'ancienne cathédrale de St Lizier (Début du XII iéme siécle)

St Paul aux fresques de l’ancienne cathédrale de St Lizier (Début du XII iéme siécle)

Le dessin ,plus élaboré qu’à Jonas,demeure extémement simple.Les drapés sont rigoureusement linéaires et presque exclusivement verticaux à l’exception des courbures légérement obliques au bas du manteau.La verticalité est la caractéristique essentielle de l’image  conformément à la tradition byzantine dont l’influence est ici trés marquée.Les pieds ,légérement écartés sont démesurément longs par rapport à la taille du personnage et figurés de face un peu désaxés.On a l’impression de regarder St Paul par dessous.La robe allongée jusqu’aux chevilles accentue la sensation de verticalité qui n’est atténuée que par le bandeau d’étoffe enserrant la taille trés haut.Le nimbe ovalaire,plus large que haut,les bandes de fond colorées et le rouleau blanc dans la main gauche du saint,assurent un semblant d’horizontalité.

Contrairement à l’apotre de Jonas,le personnage est ici disproportionné.La partie inférieure du corps délimitée par le bandeau d’étoffe horizontal est deux fois plus longue que la partie supérieure téte et nimbe compris.Le visage en forme de poire,si il montre trois étages faciaux équilibrés,confére à la téte un effet d’allongement.Les cheveux ,disposés comme un peigne et tombant sur le front,constituent en quelque sorte la griffe du « Maitre de Pedret ».

A la verticalité de l’ensemble s’ajoute l’extréme rigidité du dessin.On peut parler de hiératisme.Le visage impassible,montre de petits yeux inexpressifs regardant fixement droit devant eux.La seule esquisse de mouvement découle du léger déplacement rotatif de la main droite à l’index levé et à peine recourbée.La main gauche ,trés mal réalisée,parait paralysée ,crispée sur le rouleau.

Malgré l’absence totale de mouvement et de profondeur,la qualité générale du graphisme en dépit d’imperfections techniques est meilleur qu’à Jonas.Les contours du dessin sont ici à peine soulignés.

 

A plusieurs centaines de kilométres au nord,mais à seulement quelques années d’intervalle,nous voici dans la crypte de Tavant en Touraine,aux antipodes des peintures du « Maitre de Pedret ».Au statisme vertical et au hiératisme byzantin de St Lizier,le maitre de Tavant oppose le mouvement tri dimensionnel.

Danseur?Saul?à Tavant (Début du XII iéme siécle)

Danseur?Saul?à Tavant (Début du XII iéme siécle)

Le peintre de Tavant s’est débarrassé de l’influence byzantine et des canons en vigueur à l’époque pour laisser éclater tout son genie.Dessin et couleur sont intimement liés.Le mouvement est assuré par les larges courbures superposées qui déterminent aussi les axes.L’alternance des couleurs donne le relief.

Les qualités de dessinateur apparaissent au travers du traitement des mains.Quelle différence avec le dessin des mains à St Lizier méme si l’angle qu’elles font avec le poignet est erroné.D’ailleurs le peintre de Tavant parait se moquer des erreurs.Elles sont criardes au niveau du siége ,au point de se demander si il n’accentue pas les déformations volontairement.Ailleurs,au niveau du visage,le dessin est exécuté à grands traits,comme esquissé.Le peintre de Tavant recherche avant tout le mouvement et il y parvient fort bien.Il restera pour l’époque un cas particulier.

 

A Saint Savin s’opére un retour vers l’orthodoxie iconographique.Nous sommes au milieu du XII iéme siécle et la peinture murale y atteint sa pleinitude,favorisée certes par le talent du peintre,mais aussi par les conditions architecturales qui lui furent offertes.Aucun autre artiste de son époque ne pourra bénéficier d’une telle surface linéaire et réguliére pour laisser libre cours à son talent.Les représentations de Dieu,suivant les épisodes de l’Ancien Testament en divers emplacement de la voute de la nef sont remarquables.Le dessin est précis et par la composition des drapés,la position des corps et des mains l’artiste a su conférer aux peintures un mouvement permanent.Précision,mouvement ,légéreté,tels sont les maitres mots pour définir le graphisme de St Savin.Ces caractéristiques sont magnifiquement concrétisées dans la représentation de Dieu bénissant Noé.

St Savin,Dieu Noé et sa famille (Milieu du XIIiéme siécle)

St Savin,Dieu Noé et sa famille (Milieu du XIIiéme siécle)

Par de jeux de courbes et contre courbes savamment disposées,l’artiste assure à l’oeuvre volume et légéreté.Dieu trés aérien,bras écartés semble flotter.Pour donner encore un peu plus de légéreté au personnage,les extrémités inférieures des drapés sont transparentes.Sur d’autres tableaux Dieu est figuré jambes croisées pour accentuer encore l’impression de légéreté et de mouvement.Certains drapés montrent des lignes verticales interrompues par endroits choisis par le peintre ,de bourrelets transversaux resserrant les vétements et brisant ainsi la verticalité.A la souplesse et a la légéreté de l’ensemble l’artiste a su rajouter la variété.ici point de monotonie ,chaque tableau est traité différemment

Dieu confiant à Moise les tables de la loi

Dieu confiant à Moise les tables de la loi

A St Savin peut etre plus qu’ailleurs ,en particulier au niveau des mains ,mais aussi du décor végétal,les distorsions et les disproportions perdurent,mais en n’altérant en rien la qualité des peintures,accroissant méme leur valeur symbolique (dessin des arbres trés particulier par exemple) et en aiguisant la curiosité.

 

Sur les rives du Cher,la belle église de St Aignan conserve en sa crypte des peintures murales datées de la deuxiéme moitié du XII iéme siécle,oeuvres d’un grand dessinateur.Le dessin y est en effet précis presque trop académique parfaitement illustré aux scénes évoquant la légende de St Gilles

St Aignan sur Cher,légende de St Gilles(deuxiéme moitié du XII iéme siécle)

St Aignan sur Cher,légende de St Gilles(deuxiéme moitié du XII iéme siécle)

Les drapés sont admirablement rendus et a défaut de légéreté assurent le mouvement.Les habits plaquent au corps en divers endroits(bras,buste,taille)accroissant ainsi le volume des vétements flottant aux parties inférieures.La position de mains des bras et des tétes guident le mouvement.Leur axe induit un mouvement d’automates .Ainsi en dépit de la qualité du dessin,sa trop grande stylisation ne permet pas de retrouver le souffle qui se dégage des peintures de St Savin.Les visages sont simplement mais remarquablement exécutés.Trés équilibrés ils s’inscrivent dans un ovale quasi parfait,aussi parfait que le tracé des cercles matérialisant les nimbes.Quand aux mains elles sont réalisées avec beaucoup de réalisme ,sans disproportions.On ne retrouve pas les outrances de St Savin .Nous approchons de la fin du siécle et le contour du dessin s’est épaissi,il s’épaissira encore au début du XIII iéme siécle,

 

Bien que contemporaines des peintures de St Aignan c’est a un tout autre style que l’on est confronter à Gourdon en Saone et Loire .Jusqu’à il y a peu nous ne connaissions des peintures de Gourdon que l’inquiétant christ en majesté tronant a l’abside Des restaurations ont permis de dégager d’autres peintures ,oeuvre  d’un autre artiste,plus postérieures ,datées de la fin du XII iéme siécle et montrant entre autres,un groupe de personnages dont les tétes ont malheureusement disparu.

Groupe de personnages non identifiés à Gourdon (Fin du XIIiéme siécle)

Groupe de personnages non identifiés à Gourdon (Fin du XIIiéme siécle)

Le peintre s’est probablement inspiré des peintures clunisiennes du prieuré de Berzé voisin,malheureusement il n’en avait pas tout a fait le talent ,ne disposait pas non plus d’un support équivalent et n’utilisait pas la méme technique ,la peinture a la grecque .Le résultat donne des personnages un peu lourdauds ,méme si les drapés ,surtout ceux du personnage central sont particuliérement travaillés ,complexes,constitués d’une alternance plutot réussie de lignes courbes et plus droites ,verticales ,horizontales et obliques malheureusement soulignés d’un épais trait noir,ou bleu ou ocre en fonction de la tonalité principale utilisée pour les vétements.Il a tout de méme réussi a donner du mouvement a l’ensemble par la position alternée des pieds de chacun des personnage,leur inclinaison et le tracé de chacun des pans des manteaux.Mais il n’aura pas su régler le probléme du rapport des couleurs des vétements avec les bandes colorées de fond,particuliérement avec les bleus qui se confondent a la partie basse de la scéne.Les pieds traités assez grossiérement sur bande de fond claire ne sont pas non plus une grande réussite.Ainsi ces peintures de fin d’époque romane sont un bon temoin de la regression du graphisme roman a l’orée et durant toute une bonne partie du XIII iéme siécle

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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